Souviens-toi de moi : quelle est ma durée... Psaume 89 - 2e partie


(Suite de la méditation)

Souviens-toi de moi : quelle est ma durée ? Pour quelle vanité as-tu créé les fils d’Adam ?

Y a-t-il un homme qui puisse vivre et ne pas voir la mort, Qui puisse sauver son âme du séjour des morts ?


- SILENCE.

(Ps 89:47-48)

Ces semaines passées ont amené certains à vivre cette réalité du silence.

Une vie qui s’éteint, si vite, et emporte avec elle la totalité de ses joies, de ses déceptions, de ses rêves et projets, de ses souvenirs.

Les mots soudains deviennent inutiles.

Le silence est alors plus éloquent.


« Si ce que tu as à dire n'est pas plus beau que le silence, alors tais-toi », dit ce proverbe que me rappelait souvent un ami libanais.

Pour beaucoup, la mort reste un sujet à éviter.



Notre génération « feel good » vante le développement du bien-être, des sentiments qui nous font sentir bien, et nous aident à cultiver notre image, vante les romans, films et morceaux du moment qui sont dans cet esprit.


Si vous voulez en découvrir un, le titre Happier de Marshmello en est une bonne illustration, d’ailleurs le nom de l’artiste nous rappelle déjà une bonne séance de ciné, n’est ce pas ? Il évoque la douleur de la séparation, même si c’est en jouant avec nos émotions car la vidéo montre la mort, alors qu’il s’agit de rupture amoureuse…


Le rapport n’est pas totalement anodin, car de même que pour un traumatisme et une séparation, nous avons besoin d’embellir la mort pour mieux l’accepter, et la confronter.

Les fleurs, les hommages, les mémoriaux, sont autant de symboles qui nous aident et plus, nous permettent de nous recueillir afin d’accepter.


C’est un effort nécessaire et humain, et s’y arrêter est même sage :


« Mieux vaut aller dans une maison de deuil que d’aller dans une maison de festin; car c’est là la fin de tout homme, et celui qui vit prend la chose à coeur.


Mieux vaut le chagrin que le rire; car avec un visage triste le coeur peut être content.


Le coeur des sages est dans la maison de deuil, et le coeur des insensés dans la maison de joie. »

(Ecclésiaste 7.2-4)

Ce passage m’a toujours fait réfléchir.


J’avais à peine vingt ans lorsque j’ai perdu un cousin de ma famille éloignée, alors adolescent et de quelques années plus jeune, qui souffrait d’un handicap et a connu la mort dans une souffrance horrible. Il a laissé des séquelles dans nos mémoires…


Quand je le relis, je revois « la maison de deuil » au funérarium, où nous entourions la mère, qui souffre si atrocément dans ces moments, et le père qui, souffrant autant en silence, dissimulait sa douleur derrière un masque figé. Je n’y ai revu aucun de mes jeunes amis de l’église, deux témoins sont venus, un seul est resté.


Comment leur en aurais-je voulu, je me sentais moi-même si étranger à ce lieu.

La mort est quelque chose de si étrange.

La souffrance du juste, pour celui qui croit, est quelque chose qui dérange.

Mais pour reprendre l’image, il y a beaucoup plus de monde dans la maison de joie, que de sages dans la maison de deuil.


"Le coeur des sages est dans la maison de deuil, et le coeur des insensés dans la maison de joie"... mais il y a beaucoup plus de monde dans la maison de joie que de sages

Cherchez #joie et vous trouverez des millions de résultats sur les réseaux.

Cherchez #deuil et vous en trouverez beaucoup moins.


En regardant nos répertoires de chants d’église actuels (JEM, Integrity, Hillsong, Bethel,…), constat similaire, le thème y est même parfois absent.

En regardant les plus anciens recueils (Ailes de la Foi), le deuil et la consolation sont abordés explicitement, et il y a aussi des psaumes. Dans les moins anciens (A Toi la Gloire), ce n’est déjà plus autant le cas.

Qui est sage, pourtant, y porte son attention. Il « prend la chose à coeur », car cette fin le replace sur le juste horizon de sa vie.

L’homme est cet « être-face-à-la-mort » comme dit le Philosophe, il doit se saisir de son existence, s’approprier cette vie qui est radicalement « à lui », sortir du « on » incognito où « l’on se fond » dans la masse. L’horizon devant la mort doit le rendre conscient de lui-même pour se saisir, « je vis », « j’existe ».


L’ecclésiaste nous parle avec des mots bien plus imagés:

« Pour tous ceux qui vivent il y a de l’espérance; et même un chien vivant vaut mieux qu’un lion mort. »

Le chien vivant, même méprisable, domine la majesté du lion.

L’argument ne s’oublie pas.


Car pour les morts, aussi illustres soient-ils, il n'y a plus ni gloire, ni force, ni fortune. Ils n’ont plus ni voile, ni rame, ni espoir. Ils n’attendent plus rien.

« Et leur amour, et leur haine, et leur envie, ont déjà péri; et ils n’auront plus jamais aucune part à tout ce qui se fait sous le soleil. » (Eccl 9:6)

Après avoir contemplé « l’oeuvre de Dieu » et considéré la vanité de l’existence humaine, il plaint l’homme qui « ne peut découvrir ce qui se fait sous le soleil », et ne parvient pas à saisir l’oeuvre de Dieu.


Voici donc ce qui lui reste : apprécier la vie qui lui est donnée, le temps qui lui est donné, les faveurs qui lui sont données.

« Va, mange avec joie ton pain, et bois gaiement ton vin; car dès longtemps Dieu prend plaisir à ce que tu fais.

Qu’en tout temps tes vêtements soient blancs, et que l’huile ne manque point sur ta tête.

Jouis de la vie avec la femme que tu aimes, pendant tous les jours de ta vie de vanité, que Dieu t’a donnés sous le soleil, pendant tous les jours de ta vanité; car c’est ta part dans la vie, au milieu de ton travail que tu fais sous le soleil.

Tout ce que ta main trouve à faire avec ta force, fais-le; car il n’y a ni oeuvre, ni pensée, ni science, ni sagesse, dans le séjour des morts, où tu vas. »

(Eccl 9:7-10)


Dieu prend plaisir à ce que tu fais.

Dieu prend plaisir à te voir beau et parfumé - « les vêtements blancs, l’huile sur la tête ».

Dieu prend plaisir à te voir « jouir de la vie avec la femme que tu aimes »

Dieu prend plaisir à tes entreprises « tout ce que ta main trouve à faire avec ta force, fais-le ».


« Réjouis-toi.. que ton coeur soit heureux.. éloigne de ton coeur l’affliction.. »


S’arrêter ici peut faire penser à un hédonisme chrétien.

L’appel de la sagesse ponctue le discours et donne le dernier mot:


« Souviens-toi, de ton Créateur aux jours de ta jeunesse ».

(Ecclésiaste, 12.1)

Le psaume, en résonance avec la sagesse, demande à Dieu de considérer « ses jours », comme Moïse demandait : « apprends nous à compter nos jours, pour que nos coeurs reviennent à la sagesse ».


Souviens-toi de moi : quelle est ma durée ? Pour quelle vanité as-tu créé les fils d’Adam ?


Le psaume a contemplé l’histoire messianique, mais elle semble bafouée, tout a été détruit, nous confrontons la désolation.


C’est pourquoi il demande à Dieu cette faveur de redonner goût à sa vie. Lui aussi veut retrouver cette saveur, alors qu’il semble avoir tout perdu, alors que Dieu semble l’avoir oublié.

Où est-il, Seigneur, ton amour premier ? Que tu juras.. dans ta fidélité?

Alors il redemande :

Souviens-toi de nous,

Souviens-toi de tes promesses,

Souviens-toi de ton amour, de ta fidélité..



Accorde-nous le bonheur, prends de nouveau plaisir à notre vie

Accorde-nous de pouvoir apprécier "nos jours".

Accorde-nous la sagesse, incline nos coeurs à la désirer.

Fais-nous goûter à nouveau ton amour, et ta fidélité, Ô Dieu !

Alors de génération en génération, je dirai ta fidélité.

Alors éternellement, je louerai ton amour.


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